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Lire l'article de la psychanalyste et romancière Sarah Chiche à propos de Sang d'encre

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Stéphanie Hochet: interview pour Sang d`encre

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Stéphanie Hochet (photo: Maurice Rougemont)

(photo: Maurice Rougemont)

 

Je ne vais pas tergiverser longtemps, Stéphanie Hochet est l’une des plumes féminines françaises qui m’intéressent le plus ces dernières années. Il y a un an tout juste, je la recevais ici à l’occasion de la sortie de son précédent roman, Les éphémérides, qui m’avait déjà fortement impressionné. En lisant l’incisif et puissant Sang d’encre, on pénètre autant dans la chair de l’Homme que dans son âme. En peu de mots, juste l’essentiel et l’efficace. Encore une fois, Stéphanie Hochet, laissera en moi des traces indélébiles de son œuvre. Je me souviendrai «à vie» de cette fiction. Le 23 avril dernier, l'auteure est revenue à l'agence, pour une interview (évidemment) marquante...

 

Couverture du livre Sang d'encreNote de l’éditeur:

La fascination qu’exercent tatouages et tatoueurs sur le narrateur l’a conduit à dessiner pour l’un d’eux, son ami Dimitri. Mais il a longtemps résisté à offrir sa peau aux poinçons et à l’encre. C’est une phrase latine sur les heures qui passent Vulnerant omnes, ultima necat, (toutes blessent, la dernière tue), qui le fera changer d’avis et bouleversera son existence. Dès que Dimitri la lui tatoue sur la poitrine, il devient un autre homme dans ses rapports aux femmes, au temps, à l’existence. Mais très vite l’encre des premiers mots pâlit et, étrangement, son sang en fait autant…

Dans une langue dense et puissante, Stéphanie Hochet écrit une fiction aux marges du fantastique, une méditation sensuelle sur le sang et l’écriture, la peau et la mémoire, les traces et l’oubli.

 

L’auteure (selon le site Evene):

Auteure à la plume acérée, Stéphanie Hochet se distingue parmi les figures montantes de sa génération. Titulaire d’une maîtrise d’anglais, spécialiste du théâtre élisabéthain, la jeune femme débute sa carrière en tant qu’enseignante en Grande-Bretagne. Son premier roman, Moutarde douce, paraît en 2001. Mais ce sont les romans Les Infernales et Je ne connais pas ma force qui la révèlent au grand public. En 2009, l’écrivain publie un très remarqué et très sombre Combat de l’amour et de la faim. Portés par un style nerveux, les textes de Stéphanie Hochet abordent les questions de la survie, du pouvoir ou de la lutte, autant de thèmes puisés dans ses lectures de Nietzsche, de Dostoïevski ou de Marguerite Yourcenar.

 

Stéphanie HochetInterview:

Sang d’encre est publié aux éditions des Busclats, créées et dirigées par Marie-Claude Char et Michèle Gazier.

Michèle Gazier me connaissait, mais pas Marie-Claude Char (la veuve de René Char). Je n’ai pas eu une pression particulière parce que je savais que Michèle Gazier avait apprécié mes deux précédents romans et qu’elle me faisait confiance. J’ai saisi l’opportunité d’écrire chez elles pour me lancer dans quelque chose d’un peu particulier. Ce sont de petits livres qu'elles appellent les "pas de côté". Des écrivains confirmés sont invités à écrire dans cette collection des textes qu'ils n'auraient pas publié ailleurs.

Toi, tu es partie de quel point de départ ?

Je me suis d’abord penchée sur l’histoire du tatouage. Que nous apprend l’étude du tatouage et que nous apprennent les tatouages des différentes civilisations? J’ai découvert par exemple que le tatouage était déjà pratiqué chez les hommes préhistoriques, chez les Grecs et les Romains, mais dans ce cas précis, pour désigner les esclaves… il y a toujours un rapport entre les tatouages et l’appartenance. Aujourd’hui, on se tatoue quelque chose parce qu’on a envie d’en posséder les caractéristiques. Si tu te tatoues un serpent ou un tigre, c’est que quelque part la force du serpent ou du tigre te fascine et que tu veux en posséder l’esprit. On se tatoue rarement un gentil panda (rires). Il y a toujours appropriation. En tout cas, c’est devenu une fiction qui a touché un thème devenu un peu obsédant pour moi.

Stéphanie HochetPourquoi le thème du tatouage est-il devenu obsédant ?

Je pense que ça faisait longtemps que je l’avais en moi, mais j’ai senti depuis le début qu’il fallait que ce soit un texte à part. C’est en explorant ce thème que j’ai découvert ce qu’il y avait derrière. Chez moi, c’était quelque chose qui éveillait une curiosité, une sorte de fascination, une très grande envie, un très grand désir et en même temps, une très grande frustration parce que je ne suis jamais passée à l’acte. Ca peut paraître troublant parce que je raconte dans le livre les sensations lors d’une séance de tatouage et les impressions que ressentent les tatoués. Mais, j’ai interviewé de véritables tatoueurs pour retranscrire aux mieux cet état. C’était donc un thème à la fois obsédant et transgressif parce que je ne suis pas personnellement passée à l'acte.

Tu as une appréhension ?

Compte tenu de ce que je ressens quand je tombe malade, et dans quel état mental je suis alors, je me suis dit que si j’appliquais quelque chose sur mon corps, j’allais sans doute me retrouver dans un état mental différent, également. Je pense qu’il n’y a pas de séparation entre le corps et le mental. La séparation chair et esprit pour moi n’existe pas.

Moi, je juge quelqu’un en regardant son tatouage comme je juge quelqu’un en regardant sa bibliothèque… ce n’est pas bien, mais je ne peux pas m’en empêcher.

Sauf que la bibliothèque est amovible. Elle peut varier avec le temps. Le tatouage est là à vie. Mon angoisse est née de cet «à vie». Qu’est-ce que ça signifie aujourd’hui de poser sur son corps quelque chose qui va rester à vie? La seule façon de faire disparaître un tatouage pourrait être le laser, mais en réalité, ce n’est pas une véritable façon de l’enlever puisqu’il reste toujours une trace. La peau n’est plus vierge. Je suis peut-être un peu tordue, mais pour moi, s’il reste une trace, il reste quelque chose. Comment accepter l’idée que l’on se marque à vie? Si on n’est pas éternel, si on n’a pas d’œuvre derrière soi (et encore, est-ce qu’un œuvre résiste au temps?), est-ce qu’il faut prendre le risque de se marquer pour toujours? Il fallait que je tourne autour de l’idée d’une certaine forme d’éternité. L’éternité n’existe pas, donc, pour le corps humain, l’éternité c’est toute la vie.

Stéphanie HochetIl y a beaucoup d’idées dans ce livre. Un peu de philosophie aussi.

Quand j’en parle là, avec toi, j’ai l’impression que les idées sont un peu complexes et intellectualisées. Quand j’écris une fiction ou un roman, je suis une romancière, c'est-à-dire que j’incarne mes idées. Je ne me lance pas de grandes digressions intellectuelles. Le roman, c’est une histoire de vécu, c’est une histoire d’incarnation.

Ton narrateur est hypocondriaque. Tu l’es toi aussi ?

J’ai du mal à trouver quel terme s’applique le mieux à mon cas. Je ne sais pas si je suis hypocondriaque ou nosophobe (la peur d'attraper des maladies). La maladie est quelque chose qui me hante suffisamment pour qu’elle s’introduise dans mes romans comme véritable thématique. La phrase d'exergue de mon précédent livre, Les éphémérides était puisée dans La maladie comme métaphore de Susan Sontag. Ce n'est pas un hasard.

Dans Sang d’encre particulièrement.

Oui, tu as raison. Le but n’était pas d’être obscur ou compliqué, d’ailleurs, je pense que le livre est accessible à tout le monde.

Tu aimes savoir ce que pensent les gens qui ont lu ta fiction ?

Chaque lecture d’autrui t’apporte quelque chose, te fait découvrir ton texte, c’est ça qui est fou et passionnant. En tant que romancière je ne commence pas par les idées mais par l'incarnation, même si, sous-jacentes sont les idées. C’est aux lecteurs d’intellectualiser le texte. Sang d’encre a souvent été interprété de manière originale et pertinente. Ça se recoupe, mais il y a des lectures singulières. Les gens ont saisi ce que ce texte a d’universel. À partir d’un simple tatouage, je pense avoir touché un vrai questionnement humain autour de questions simples: qu’est-ce que je laisse derrière moi? Qu’est-ce que je décide de faire de ma vie à 40 ans? Quel bilan puis-je faire quand je regarde derrière moi? Que signifie mon passé? Le narrateur se pose ce genre de questions. C’est quelqu’un qui doit être terriblement inquiet et qui, quand même, a conscience de l’importance de l’enjeu. Il a conscience que le tatouage, c’est très significatif et c’est pour ça qu’il s’est fait tatouer une phrase qui doit avoir rapport avec la mort et avec la vie. Vulnerant omnes, ultima necat, (toutes blessent, la dernière tue) est une phrase que l’on trouve sur les cadrans solaires des Romains. Elle nous rappelle que nous sommes tous mortels. Un jour cette phrase s’efface partiellement et elle change de sens…

Ta fiction devient alors fantastique.

Il y a un pied dans le fantastique, mais l’air de rien.

Stéphanie HochetTu ne cites pas nommément la maladie qu’attrape le narrateur.

Je fais comprendre aux lecteurs de quoi il s’agit, puisque je précise qu’il s’agit d’une maladie du sang et que je donne la sonorité du mot. En fait, c’est une leucémie. Il y a un chassé-croisé entre l’encre et le sang. Un sang qui perdrait de sa couleur, des globules rouges qui disparaitraient et l’encre qui disparait aussi de sa peau.

Le narrateur nie sa maladie.

Il ne veut pas en entendre parler, il refuse de se soigner pendant tout un temps, il regarde ailleurs. Il est trop fasciné par son tatouage.

Il a peur aussi.

Oui, c’est un livre qui parle de notre fin, de notre finitude.

Le narrateur reste ou quitte une femme en fonction de leur réaction par rapport à son tatouage…

Un tatouage est destiné à être exhibé. Pourtant, certaines personnes le cachent, mais c’est hypocrite parce qu'ils le cachent pour le montrer. Le narrateur ne pense plus qu’à ça, une fois qu’il l’a sur le corps. Il cherche à exister par ce tatouage, il cherche à susciter le commentaire des jeunes femmes. Il est très déçu parce qu’aucune n’est vraiment fascinée par son tatouage. Elles ne lui parlent que des lettres qui s’effacent.

TatoueurIl y a dans cette fiction un autre personnage important, Dimitri, le tatoueur.

C’est un personnage énigmatique et j’ai même fait en sorte qu’il reste une sorte d’inconnu. Il est volontairement dans l’ombre. C’est un personnage secret, qui a le pouvoir. Il a le pouvoir de marquer les gens à vie au premier sens du terme. Le narrateur se demande d’ailleurs si Dimitri ne marque pas un peu trop les gens, s’il ne rentre pas en peu trop dans leur vie. Jusqu’où il va? Toute la question est là. Est-ce que ce n’est pas déjà une façon de rentrer dans la vie des gens que de rentrer dans leur peau?

Je n’y avais jamais songé, mais tatouer, c’est l’acte le plus intime que l’on puisse faire aux gens.

C’est extrêmement fort. Quand vous écrivez un livre et que les gens vous lisent, s’ils retiennent ce qu’ils ont lu pendant quelques années, c’est que vous les avez un peu marqués, mais il y a l’oubli et le temps qui passent au bout d’un moment. Avec un tatouage, vous ne pouvez pas oublier le tatoueur. Personne ne mesure l’importance symbolique de l’inscription sur la peau.

Si tu prenais l’incroyable décision de te faire tatouer, sais-tu ce que tu demanderais?

J’y ai souvent pensé. Mais la meilleure solution pour moi serait que je devienne moi-même tatoueuse parce que j’aurais sans arrêt envie d’inventer quelque chose.

Stéphanie Hochet adoubée par son amie de plume assassine, Amélie Nothomb.

Stéphanie Hochet adoubée par son amie de plume assassine, Amélie Nothomb.

Est-ce que l’on peut dire que c’est ton roman le plus personnel? On a l’impression que tu nous livres toutes tes angoisses et obsessions…

Je ne sais pas si c’est le plus personnel. J’ai du mal à dire lequel de mes livres est le plus personnel. Ils sont tous tellement personnels par définition, mais c’est peut-être le plus abouti. Il fait 97 pages, mais c'est du concentré. Le sujet étant plus court, plus serré, plus physique et plus angoissé, peut-être que ça parle plus de moi. Pour certains autres projets littéraires, j’avais l’ambition de réunir des choses assez différentes de moi, mais là, effectivement, sans doute que ça touche quelque chose de très intime. Je pense énormément à ce que l’on laisse de soi. J’écris des livres qui m’engagent tout le temps, mais je ne suis pas sûre qu’ils vont rester. Vraiment, c’est un mystère ce qu’on laisse derrière soi.

Tes romans ont une acuité phénoménale, je trouve.

Je veux que mes romans soient extrêmement précis. Il faut écrire avec acuité comme il faut vivre avec acuité. Quand on est quelque part, il faut savoir regarder les choses. Il ne faut pas vivre en se disant qu’on a déjà tout vu. Dans mes romans, je fais en sorte d’attacher une grande importance à la perception. Sang d’encre est un livre qui s’attache particulièrement aux perceptions qui nous font entrer dans un vertige et qui font entrer le narrateur dans une sorte de délire logique. Je n’ai pas envie de céder à ça personnellement, mais mes personnages peuvent rentrer dans ce processus. La littérature sert aussi à explorer tous les chemins.

Stéphanie Hochet avec l'écrivain Lilian Auzas

(Stéphanie Hochet avec l'écrivain Lilian Auzas "Riefensthal")p>

Dans tes livres, il y a souvent un temps d’immersion.

On entre dans quelque chose lentement et ensuite, ça va prendre une direction que les lecteurs verront ou pas Il faut accepter de prendre son temps au début et de ne pas savoir les choses tout de suite.

Ton 10e livre est en route ?

J’en suis aux prémices. Je suis prudente là-dessus, car les débuts sont très fragiles. Je commence à tâtonner sur quelque chose.

 

 

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