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«Le Temps des libraires»
Christophe Ono-Dit-Biot

Lundi 15 juin 2015
Aujourd'hui Emily Vanhée de la
librairie Les Lisières, à Roubaix,
nous présente un roman français:
Un roman anglais,
de Stéphanie Hochet,

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Vous m'en direz des nouvelles
Présenté par Jean-François Cadet

Mercredi 17 juin 2015 à 13h10

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«des livres et vous»
Valérie Cascio

Jeudi 13 novembre 2014 à 10h

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«Carnet nomade»
Colette Fellous

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Lundi 21 avril 2014 à 9h

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«France Bleu Vaucluse tourne les pages»
Nathalie Mazet

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Le coup de coeur de Gilles Paris

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Le 7-9 du week-end

Émission de Patricia Martin

Dimanche 31 mars à 7h15

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Divers

Lire l'étude de Lilian Auzas
"Voyage en pathologie",
la maladie et les personnages
dans l'œuvre de Stéphanie Hochet

Lire l'article de la psychanalyste et romancière Sarah Chiche à propos de Sang d'encre

Logo du Magazine des livresMagazine des livres (Carole Zalberg) - Novembre 2010

 

"Chacun cherche son crime"

 

Plusieurs lieux et voix se mêlent, dans le nouveau roman de Stéphanie Hochet: lieux habités ou quittés, voix entendues ou fantasmées. Le tout compose un paysage romanesque aux frontières mouvantes.
Offrant une première interprétation de son très beau titre, l’écrivaine met successivement en lumière ses quatre personnages; trois des quatre plutôt, l’un d’eux, Anna, n’étant jamais éclairé qu’indirectement, par le regard ébloui des trois autres. La première apparition – très brève mais il y en aura d’autres –, est celle d’Aurèle, adolescente monstre telle que les affectionne Hochet. Elle ouvre le récit par une ode à Anna, ou plus exactement au nom d’Anna et dans ce déplacement, on sent aussitôt qu’Aurèle est de ces êtres qui dérobent, investissent réinventent l’objet de leur désir et, fatalement, le nient. L’annihilent. La menace est tapie dans ce début fiévreux, splendide. Pasquale est à son tour convoqué dans le cercle lumineux.
Se déploie avec lui l’un des thèmes du roman: le rapport paradoxal, chargé de culpabilité qu’entretient cet Italien cultivé, délicat avec sa terre natale. Dans ses réflexions sur la façon dont Berlusconi, qu’il exècre, avilit le pays que Pasquale a préféré quitter, le langage occupe une place essentielle – celle, on le devine, que lui accorde l’écrivaine, ici fine observatrice des mœurs politiques contemporaines. On s’interroge aussi à travers lui sur l’opportunité de résister sur le lieu du crime quitte à en être souillé, ou de partir et s’interdire, du coup, toute autre intervention que l’observation et une critique comme diluée par la distance. Pasquale, qui n’a pas divorcé de son épouse italienne (pour rester arrimé, par ce lien officiel, à son pays et donc à son identité première?) est épris d’Anna. Il est le deuxième personnage que Stéphanie Hochet place en gravitation autour de la jeune professeur de musique aux cheveux de soleil.Quand on entre dans la tête de Jérôme, le frère lent d’Aurèle, on en a appris un peu plus sur l’adolescente. On sait qu’Anna est son professeur. Qu’elle en est amoureuse ou, en tout cas, obsédée et l’on pressent que cette obsession va constituer un danger pour Anna comme pour Pasquale. Or dès les premiers mots de Jérôme, on comprend que lui aussi est au bord d’un péril. Le jeune homme, grossier par innocence (en opposition à un Berlusconi grossier par inculture et par choix) est devenu avec les années une sorte de prolongement de sa sœur. A l’heure de la distribution, il n’a pas reçu les lumières de l’esprit. Il est en quelque sorte indéfini et Aurèle peut donc déverser en lui à sa guise tout ce qui, chez elle, menace de déborder. Ainsi, elle lui insuffle le désir qu’elle a de toucher Anna, de la posséder, de lui faire mal, aussi, puisqu’elle s’est donnée à un autre. Jusqu’au jour où Aurèle, volontairement ou pas, sème une graine de drame en évoquant la possibilité d’un crime. Car Jérôme est poreux. Son imagination sans cesse irriguée par Aurèle le ballotte entre hommes et femmes, entre victimes et proies, l’emporte dans des voyages intérieurs hallucinés, le corps lourd d’effroi et de plaisir.
Aurèle sait-elle ce qu’elle manipule, elle qui n’a pas été «éclairée» par des parents trop occupés d’eux-mêmes? Enfant condamnée à l’invisibilité, elle a tôt fait d’en découvrir le pouvoir: celui d’agir sans que rien du réel, en apparence, ne soit changé, le seul objectif étant une satisfaction personnelle et immédiate. Très rapidement périssable. C’est donc le pouvoir d’être follement libre. Douloureusement aussi. Comment se construire quand on est si peu ou si mal gouverné? Comment tisser un lien social responsable quand on n’a pas appris à attendre des autres ni à donner? Dans un tel vide, seule la souffrance vécue ou infligée fait vibrer. Ancre au monde, aussi violent soit-il.
Avec ce roman subtil à l’écriture toujours aussi tendue, Stéphanie Hochet tente une fois encore d’éclairer le mal dans son effroyable banalité. Elle y parvient sans fanfare, sans jamais hausser le ton, grâce à une impeccable distribution des lumières.
Carole Zalberg est écrivain