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Christophe Ono-Dit-Biot

Lundi 15 juin 2015
Aujourd'hui Emily Vanhée de la
librairie Les Lisières, à Roubaix,
nous présente un roman français:
Un roman anglais,
de Stéphanie Hochet,

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Lire l'étude de Lilian Auzas
"Voyage en pathologie",
la maladie et les personnages
dans l'œuvre de Stéphanie Hochet

Lire l'article de la psychanalyste et romancière Sarah Chiche à propos de Sang d'encre

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Entretien avec Stéphanie Hochet - Les éphémérides

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Photo de Stéphanie Hochet - Copyright Fred PortelSeize écrivains sont invités, cette année, à «poser leur valise» à la Villa Yourcenar. Stéphanie Hochet en fait partie et a séjourné, ce mois de mai, dans la maison de la grand-mère paternelle de Marguerite Yourcenar à Saint-Jans-Cappel en compagnie de Jean-Lorin Sterian et Anne-Constance Vigier. De sa paisible retraite d’écriture, Stéphanie Hochet m’a accordé un entretien au sujet de son huitième roman, remarquable composition de fresques superposées.

Valérie Debieux: Le besoin d’aller vers des contrées intérieures jamais explorées est un thème récurrent dans chacun de vos ouvrages. Cette fois-ci, cette démarche a pour origine l’annonce d’un événement de nature apocalyptique. Quelles sont les expéditions au sein de l’extrême humain que vous désirez encore mettre en lumière?

Stéphanie Hochet: J’ai envie d’écrire sur le corps, ses frontières, les marges, y compris celles qui séparent le réel et le fantastique. Tout ce qui pose question, trouble, provoque le malaise. Je crois que je ne cesse de travailler en ce sens.

Valérie Debieux: Pensez-vous que l’imminence d’un événement comme un désastre planétaire est de nature à modifier fondamentalement les normes comportementales d’un individu, au point que celui-ci accepte de risquer sa vie et ainsi d’en raccourcir la durée plutôt que d’en apprécier les derniers instants? Ou doit-on plutôt partir de l’idée que cette jouissance des derniers instants de la vie passe par une prise de risque, y compris celle d’une mort prématurée?

Stéphanie Hochet: Je crois qu’il est intéressant de se souvenir que nous sommes mortels, la vie prend son sens ainsi. Le cauchemar serait d’être immortel. Rappelons la phrase de Lacan: «La mort est du domaine de la foi; vous avez bien raison de croire que vous allez mourir, ça vous soutient, si vous n’y croyiez pas est-ce que vous pourriez supporter la vie que vous avez?». Nul doute que nos actions prennent du sens, du poids, quand l’idée de la fin devient concrète. D’ailleurs il n’est pas dit que l’expérience de la mort sera désagréable à vivre, la jouissance dont vous parlez existera peut-être dans le passage de la vie à la mort. La bonne nouvelle c’est que tout le monde le saura un jour.

Valérie Debieux: Au fil des pages, l’attachement à vos personnages se fait jour. Vous conduisez le lecteur dans le dédale de leurs vies, le labyrinthe, souvent sombre, de leur âme. Au travers de l’existence de Tara, l’on voit le Mal côtoyer le Bien. Est-il exact de considérer que pour vous, le premier ne peut se passer du second, l’un étant la source de l’autre et inversement?

Stéphanie Hochet: Si on se place dans une optique théologique, le bien n’existe pas sans le mal. Mais je ne vois pas le personnage de Tara comme une incarnation même partielle du mal. Elle est plutôt une incarnation de la force, par-delà le bien et le mal.

Valérie Debieux: Dans votre roman, la présence des chiens, qui vont survivre au désastre annoncé, s’inscrit-elle comme un clin d’œil à la mythologie grecque et, plus précisément, à Cerbère, le gardien des Enfers?

Stéphanie Hochet: C’est vrai que j’ai beaucoup pensé à Cerbère, cette adorable créature qui garde la porte des enfers. La mythologie est une telle source d’inventions. Les Dogs élevés par Tara et Patty ont la férocité du Cerbère antique, ils ont aussi la même salive (empoisonnée). C’était joindre l’antiquité et l’avenir proche, puisque ce livre est un livre d’anticipation. Dans un cas comme dans l’autre, nous sommes au-delà du temps.

Valérie Debieux: L’annonce de sa mort prochaine produit chez Simon Black un impact différent de celui de l’«Annonce». Cela signifie-t-il pour vous qu’un individu, sachant que son existence va prendre fin en même temps et pour les mêmes raisons que celle de ses semblables, va adopter un comportement plus transgresseur de frontières qu’il ne le ferait (causalité outre-passante) si sa fin ne lui était dictée que par des contingences personnelles?

Stéphanie Hochet: Un destin commun change certainement le point de vue des individus. Un homme ne mourra pas dans le même état d’esprit s’il est seul sur une île comme Robinson ou s’il est sur le radeau de la Méduse. C’est mon intuition.

Valérie Debieux: Je vous laisse le mot de la fin…

Stéphanie Hochet: Peut-être n’y a-t-il pas de fin dans ce livre.

Entretien mené par Valérie Debieux